[La parole aux membres] Les Hlm passent un cap sur la biodiversité et le végétal - Habilians

A l’occasion du Congrès HLM, nous avons échangé avec Céline KUDLASZYK, Directrice Innovation Sociétale au sein d’Habilians sur cet enjeu environnemental qui s’impose désormais comme une priorité pour le secteur.
Cet échange met en lumière les initiatives concrètes, les défis à relever et les ambitions portées par les bailleurs pour construire des espaces de vie plus durables, résilients et agréables pour les habitants.
Quels sont les projets innovants que vous menez actuellement en matière de biodiversité et de végétalisation ?
Habilians porte plusieurs projets innovants dédiés à la préservation de la biodiversité. Je vais vous présenter deux initiatives concrètes.
La première est le programme Habitat Grandeur Nature, lancé en 2019. L’objectif était d’identifier des sites, accompagnés par un écologue, afin d’évaluer leur biodiversité et de construire, avec les habitants, des projets d’aménagement et d’usage des espaces verts. Selon les sites, différentes actions ont été mises en œuvre : plantation de haies champêtres, création de prairies, de jachères fleuries ou encore de potagers en permaculture. Aujourd’hui, une vingtaine de sites sont engagés dans cette démarche.
Avec plusieurs années de recul, nous constatons des résultats encourageants sur certains sites, avec le retour de certaines espèces, notamment des papillons et des abeilles sauvages. D’autres sites rencontrent davantage de difficultés, ce qui souligne l’importance d’accompagner les pratiques d’entretien dans la durée. Au-delà de la biodiversité, ce programme favorise également le lien social. Plusieurs projets, comme des potagers partagés, sont nés de demandes formulées directement par les habitants, contribuant à la réappropriation des espaces communs.
La seconde initiative concerne un terrain situé à Bugnicourt, près de Douai. Alors qu’il était constructible, nous avons choisi de renoncer à tout projet immobilier pour l’intégrer au programme Nature 2050 de CDC Biodiversité et y créer un pré-verger pour limiter le ruissellement et préserver la fertilité du sol. Ce site, d’une superficie de plus de 0,7 hectare, est aujourd’hui suivi dans le cadre d’évaluations scientifiques portant sur la qualité des sols et l’évolution de la biodiversité. Au total, 153 arbres fruitiers régionaux, à basse, semi et haute tige ont été plantés afin de créer des micro-habitats favorables à la faune et aux pollinisateurs.
Le terrain est ouvert au public et accueille de nombreuses actions menées avec les habitants, les écoles, les collectivités, les salariés et l’Université de Lille. Des ateliers de plantation, de taille des arbres, de sensibilisation à la biodiversité ou encore des récoltes de fruits y ont notamment été organisés. L’entretien du site est assuré en partie grâce à l’éco-pâturage, avec l’installation de moutons. Nous réfléchissons également à développer des partenariats avec des associations ou les communes afin de valoriser les fruits produits en quantité croissante. Les suivis réalisés montrent des résultats positifs, notamment le retour d’abeilles sauvages et d’autres pollinisateurs. Nous avons volontairement privilégié des aménagements favorables à la biodiversité locale plutôt que l’installation de ruches.
Enfin, ces deux démarches s’inscrivent dans une logique de long terme. Pour Habitat Grandeur Nature, l’enjeu est désormais de consolider les sites existants et de tirer les enseignements des expériences menées. Quant au pré-verger, il bénéficie d’un engagement de préservation jusqu’en 2050 et constitue aujourd’hui un véritable espace naturel au cœur d’un environnement urbanisé.
Imaginez une résidence Hlm exemplaire en 2032 : quelle place y tiendra la biodiversité et le végétal ? Quelles initiatives innovantes vous semblent les plus prometteuses pour faire progresser la biodiversité dans le parc social ?
A l’horizon 2032, je pense que notre approche de la biodiversité aura profondément évolué. Elle ne sera plus traitée comme un sujet isolé, mais comme un levier au service d’autres enjeux, notamment l’adaptation au changement climatique, la qualité de vie dans les logements et le renforcement du lien social. Les espaces extérieurs joueront un rôle de plus en plus important pour rendre les quartiers et les logements plus résilients face aux fortes chaleurs. Nous savons déjà que certains aménagements actuels, comme les pelouses traditionnelles, sont de moins en moins adaptés aux épisodes de sécheresse que nous connaissons.
La biodiversité présente aussi l’avantage d’être un sujet concret et accessible, qui parle facilement aux habitants. Contrairement à d’autres enjeux environnementaux parfois plus abstraits, elle permet de construire des actions locales, adaptées aux spécificités de chaque site, en associant directement les habitants à la réflexion et à la mise en œuvre des projets.
Même si ce sujet n’est pas encore toujours prioritaire, nous sommes convaincus qu’il existe de nombreuses solutions simples, peu coûteuses et reproductibles. L’enjeu sera de les intégrer systématiquement dans nos futurs projets de réhabilitation, mais aussi dans la gestion de nos espaces verts existants. Cette évolution passera également par un accompagnement renforcé de nos prestataires. Les pratiques d’entretien devront s’adapter aux nouveaux enjeux écologiques et climatiques. D’ici 2032, nous n’entretiendrons probablement plus les espaces verts de la même manière qu’aujourd’hui.
Pour réussir cette transition, il faudra travailler collectivement avec les habitants, les entreprises et les autres acteurs du territoire afin de concevoir des solutions adaptées aux réalités locales. Au-delà de la biodiversité elle-même, cette démarche permettra de répondre à des enjeux plus larges d’adaptation climatique, de qualité du cadre de vie et de cohésion sociale.
Retrouvez l'intégralité des moments forts de DELPHIS sur le congrès Hlm 2026
DELPHIS réunit plus de 70 organismes de logement social, implantés dans 12 régions métropolitaines et un département outre-mer. 
