Une étude 2010 de la Fondation de France, « les solitudes en France », montre que « les réseaux de socialisation ne suffisent plus à maintenir un lien social pérenne. Elle chiffre à 4 millions le nombre de personnes objectivement isolées. Si les représentations communes associent isolement, vieillesse et grands ensembles, il semble que la solitude frappe les hommes et les femmes dès 40 ans, dans les grandes villes comme en milieux périurbain et rural, et ce, avec d’autant plus de force chez les personnes en situation de précarité économique » .
Constat 1 : Des quartiers d’habitat social à l’image de la complexité de notre société : de plus en plus mouvante, faite de multiples interférences entre les générations qui n’auront jamais été aussi nombreuses (5 !) à se côtoyer, de milieux sociaux, de cultures et d’origines géographiques qui se croisent, de langues, de modes de vie très différents, d’informations et de codes complexes. L’individu est lui-même le fruit de métissages sociaux et culturels qui, en dépit de leur richesse, peuvent compliquer l’accès à ses propres références dans une culture et une histoire collectives, faites elles-mêmes de multiples représentations du réel. La multiplication des références enrichit mais complexifie le vivre ensemble : en l’absence a minima de conscience de ce phénomène et d’utilisation de ce potentiel, c’est un accroissement des situations d’isolement que nous constatons.

Constat 2 : Le détachement des individus de leurs appartenances collectives traditionnelles dont, au premier plan, le travail. En deçà du phénomène du chômage, c’est l’organisation toute entière du travail qui s’est transformée : alors qu’elle reposait sur un encadrement connu et partagé des fonctions et des règles collectives, cet encadrement cède depuis 30 ans et aujourd’hui de façon tout à fait accélérée, la place à des stratégies de carrières individuelles et isolées, même dans des postes très précaires. L’enquête 2010 de la Fondation de France nous indique que pour un cinquième des travailleurs, l’environnement professionnel n’autorise pas de lien social au-delà de la relation inter-collègues : pas de discussion sur des sujets extra-professionnels, pas d’occasion de rencontres hors de l’entreprise. Un rétrécissement du champ social qui frappe plus nettement encore les indépendants et les travailleurs pauvres. 36% des personnes dont le revenu est inférieur à moins de 1 000 euros par mois sont dans l’incapacité de construire des relations sociales dans le cadre de leur travail.
Par ailleurs, l’enquête relève que le risque de se trouver privé de tout réseau social augmente avec le chômage de longue durée, la baisse du niveau de diplôme et la précarité de l’emploi :
Deux fois plus élevé chez personnes au chômage de longue durée (18% contre 9% en moyenne).
Près de trois fois plus élevé chez les non diplômés (26% contre 9% en moyenne).
Trois fois plus élevé chez les travailleurs à temps partiel (27% contre 9% en moyenne).
Du point de vue de la famille, il est constaté qu’elle peut ne plus entretenir de liens solides et durables entre ses membres : un tiers des Français ne rencontrent pas leur famille plus de quelques fois dans l’année et il est avéré que les relations avec les membres de la famille sont d’autant plus faibles que l’on est pauvre .

Le groupe domestique (la composition du foyer) est aussi de plus en plus mouvant : au modèle classique de la famille, viennent s’ajouter ceux des familles monoparentale et/ou recomposée, des collocations de longue durée ou occasionnelles, des cohabitations intergénérationnelles. Il accueille des temporalités superposables : dans une période donnée de sa vie, un même individu peut à certains moments être seul, à d’autres vivre avec des enfants (les siens ou ceux de son compagnon, avec ou sans celui-ci), accueillir un proche (en mobilité professionnelle ou confronté à une rupture ou une difficulté personnelle).

Constat 3 : Une large partie de la population va se fragilisant : selon le baromètre annuel Ipsos pour le Secours populaire, en 2009, 30% de Français disent avoir “réellement” connu une situation de pauvreté et 53% d’entre eux disent qu’il leur était déjà arrivé de penser qu’ils étaient sur le point de connaître une situation de pauvreté (contre 45% en 2007).
Dans le parc HLM, cette tendance se retrouve avec une paupérisation notamment des plus âgés. Six personnes âgées sur dix vivant dans le parc HLM encourent le risque de pauvreté .
La « paupérisation du parc social » résulte d’un triple mouvement : la paupérisation de certains ménages occupants, le départ des ménages aux revenus les plus élevés et les plus stables et leur remplacement par de nouveaux arrivants, qui, à l’inverse, ont des ressources aussi faibles, voire plus faibles, que la moyenne des occupants.

Constat 4 : Le vieillissement de la population. Aux chiffres désormais bien connus d’une accélération du vieillissement de la population nationale, avec une projection selon l’INSEE d’un français sur trois de plus de 65 ans en 2050 pour un sur cinq, découle immédiatement le constat d’un besoin en maintien à domicile en constante progression : le maintien à domicile correspond au souhait de plus de 80% des français de rester aussi longtemps que possible à domicile. Couplé à un contexte de paupérisation et de perte de pouvoir d’achat des personnes âgées, notamment au regard des coûts d’hébergement en établissements, il devient la solution à privilégier même dans des cas de perte importante d’autonomie.

Constat 5 : Des risques d’exclusion de certaines populations en raison de la technologisation de l’accès aux services (informations, services de santé, confort de l’habitat, etc.), et d’une complexification des usages due au multicanal (téléphonique, télévisuelle, internet, domotique, etc.). Ce contexte oblige les bailleurs à innover pour répondre tant à l’obsolescence rapide des infrastructures des bâtiments (connectivité, domotique) qu’au soutien au développement des usages (sensibilisation, formation).

Constat 6 : la volonté des habitants d’une « vie à taille humaine ». A la complexité de la « société-mosaïque » se conjugue un pessimisme généralisé : selon le CCA , 2/3 des français considèrent que la crise sera durable (plus de 5 ans), profonde et structurelle, marquant la fin d’un cycle et d’une époque. En réponse, les français expriment le souhait d’une vie à échelle humaine, sur le mode communautaire (41%) ou néo-village (26%). Ainsi la volonté de près des ¾ des français serait de constituer “entre semblables“ une identité collective, favorisant des solidarités, faites de coups de mains et services coopératifs amateurs. Elle pourrait, pour 26% d’entre eux, prendre appui sur la vie de quartier, sous la forme de démocratie participative, favorisant des libres coopérations thématiques ponctuelles fondées sur des objectifs précis.

Constat 7 : la nécessité de renforcer le lien entre les réseaux existants. A partir des résultats obtenus dans l’enquête « les solitudes en France », la Fondation de France s’interroge : « Tout se passe comme si les réseaux de socialisation – famille, amis, collègues, voisins, vie associative – ne parvenaient plus à entretenir des liens solides et durables. Un phénomène d’autant plus préoccupant qu’une part importante de la population (23%) n’a de relations qu’au sein d’un seul réseau. S’il éclate, c’est l’isolement total. Dans 56% des cas, c’est la rupture familiale (décès, divorce, séparation ou départ des enfants du foyer) qui provoque le retrait. Mais la perte d’emploi, les déménagements, les changements de travail ou le handicap peuvent suffire à effacer tout lien social. 9% des Français, soit 4 millions d’individus, vivent en dehors de toutes relations familiales, professionnelles, amicales, de voisinage ou associatives. Lors de l’enquête, 5% des personnes interrogées ont exprimé la souffrance que génère cet état de solitude. Une souffrance souvent aiguë : sentiment d’inutilité, de culpabilité, de détresse, tentation suicidaire. »

Constat 8 : le bailleur social, un acteur «interpellateur », privilégié pour favoriser le lien entre les réseaux existants. Il est acquis que le rôle du bailleur social n’est plus celui d’un simple gestionnaire de biens immobiliers à loyers modérés. Sa mission sociale le conduit de plus en plus à proposer des services aux locataires, à la fois personnalisés et généralisables au plus grand nombre. En tant qu’innovateur social, il devient un acteur de premier plan au niveau local, en jouant un rôle d’interpellateur auprès de ses parties prenantes. Dans la constitution d’un réseau social, le bailleur a la capacité à rassembler l’ensemble des acteurs institutionnels, inter professionnels, mais aussi informels. Il est alors à l’initiative d’une dynamique locale, tout à fait essentielle pour tous les acteurs à l’échelle du territoire.

Deux postulats en découlent :
1/ Pour lutter contre l’isolement, l’échelle de proximité (l’habitat, le quartier, la ville) devient cruciale : c’est autour du voisinage, des relations de proximité avec les commerces, les services proposés par des professionnels et par les aidants « naturels », lors des fêtes de quartier que se développent les sociabilités quotidiennes. C’est dans ces proximités que les besoins occasionnels de coups de main, de petits services, de réconfort, trouvent des réponses. Il est donc question de créer un réseau social de proximité.
2/ Il est absolument nécessaire d’associer l’ensemble des acteurs au montage du réseau social avec, au premier plan, les habitants. Le maillage doit se constituer à partir des habitants, en relation directe avec l’ensemble des acteurs du quotidien afin que chaque besoin occasionnel puisse se transformer en réelle occasion de nouer un lien à l’échelle de proximité.

Fort de ces constats, le réseau DELPHIS apporte depuis 6 ans des éléments de réponse à la problématique de l’isolement des personnes âgées avec le label Habitat Senior Services (voir le détail sur le site/HSS). L’enjeu est désormais de renforcer les services proposés dans le cadre du label HSS par la mise en place de réseaux sociaux pour animer les liens de solidarité au sein des quartiers, et notamment une solidarité intergénérationnelle.

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One Response to “Solitude et vieillissement : osons le numérique !”

  1. Bonjour,
    reflexion très intéressante qui devrait pouvoir se poursuivre en creusant une piste avec ma-residence.fr, qui répond à l’ensemble des besoins énoncés, et bien plus…

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